mardi 8 avril 2008

De la candeur naïve qui nuit aux petits bonheurs

En bonne professeure de philo Encre m'a collé une rédaction, sujet l'optimisme.

Le simple fait d'avoir un devoir à faire m'a plongé dans une triste torpeur. Afin de ne pas aggraver mon cas et me faire en plus coller en retenue ou encore pour éviter qu'un billet ne soit envoyé à mes parents, je m'exécute ce soir. Et quand je dis exécuter, c'est au sens de tuer. Car vraiment ces sujets bidons, ça me tue.

Bon allons y pour ma définition de l'optimisme: l'optimisme c'est le défaut de croire que des causes auront des effets qui nous seront favorables.

Évidemment, il faut maintenant que j'explique. D'abord, je fais une nette distinction entre l'espoir et l'optimisme. Espéré signifie que l'on souhaite quelque chose tout en étant conscient que le contraire puisse arriver. L'optimisme c'est avoir la foi que ce que l'on souhaite arrivera. C'est absurde. Un optimiste pur et dur rencontrera plus souvent de frustrations qu'autre chose et s'il s'entête à penser que tout lui sourira en chantant des chansons de Gérard Lenormand, c'est la dépression assurée.

En tant que pragmatiste, je suis un pessimiste invétéré. Voilà un bon moyen d'avoir en toute occasion des petits bonheurs, car au mieux ce que l'on croyait qui échouerait réussit et devient la source d'un plaisir. Au pire ce que l'on croyait qui échouerait échoue et nous voilà rassurés.

C'est à tort que l'on associe l'optimisme à une qualité et le pessimisme à un défaut. C'est le contraire selon moi. De plus, contrairement à la croyance populaire, le pessimisme ce n'est pas tout voir du mauvais coté de même que l'optimisme ce n'est pas voir la vie du bon coté, car ni l'optimisme ni le pessimisme ne portent une réflexion sur ce qui est, le présent, mais bien sur ce qui sera et qui n'est pas encore.

Je jouis du présent et j'envisage le pire afin d'être préparé pour le meilleur. Un optimiste ne fait rien de cela. Il évacue les vicissitudes du présent en rêvant d'un avenir radieux qui ne sera jamais. Et lorsque trop d'évidences lui démontrent que la vie n'est pas si belle et à son avantage qu'il le prétendait, l'optimiste se met à croire au paradis à la fin de ses jours. Belle philosophie de l'évasion.

Les casinos sont remplis d'optimistes, alors que les banques le sont de pessimistes. Laquelle des deux fortunes préférez-vous celles d'un joueur ou d'un banquier?

P.S. Oui je sais, il y a un pléonasme dans le titre. C'est voulu, pour créer un effet.

mercredi 26 mars 2008

Beau printemps quand reviendras-tu ?

Tandis que le Québec ressemblait à ceci


moi j'étais là


Seul évidemment puisque je vous ai laissé choir comme une veille chaussette. Enfin, pas vous, mais ce blogue.

J'avais comme projet de vous décrire comment je profite allègrement de la pseudoscience pour voyager et me payer du bon temps. Sans doute un relant de culpabilité m'a t'il découragé de le faire. J'avais en réserve de bon billets révélateurs des foutaises que l'on peut faire passer pour de la science (si, si, ç'aurait été de bons billets), mais la pudeur, ou le dégoût, m'a retenu dans mon élan.

Peut-être y reviendrai-je, car croyez-le ou non, depuis le début de l'année j'ai déjà deux articles en voie de publication. Ce qui me donne autant de possibilités de voyager. Alors peut-être vous entretiendrai-je un jour sur les canulars scientifiques.

Si je vous lance ainsi ma production pseudoscientifique ce n'est pas par vantardise, mais bien pour illustrer que n'importe quel scientifique de petite envergure peut profiter des "honneurs et privilèges" qui se rattachent aux sacrosains diplômes.

D'ailleurs, je ne peux m'empêcher de vous révéler que j'ai été présenter un cube à Orlando. Oui, un cube! Bien sûr je n'ai pas dit que c'était un cube. J'ai appelé cela un espace conceptuel. Les gens n'y ont vu que du feu. Même qu'un type de la défense américaine s'y est étroitement intéressé. Bref chez nous au boulot on se tape fort sur les cuisses en sachant qu'un simple cube peut vous payer une semaine de vacances en Floride. N'empêche, en «science de la gestion» ils n'en sont rendus qu'au triangle pour représenter des concepts abstraits, alors un cube c'est quand même une révolution. Le plus merveilleux c'est qu'il me reste encore quatre solides parfaits de Platon à exploiter. De beaux voyages en perspective.

Sur ce je vous dis à la prochaine de façon incertaine (tiens tiens), car il y a du mouvement de l'autre coté et j'ai terminé pour un temps de ce coté ci. L'autre n'en a plus pour longtemps à dormir. Si seulement la neige peut fondre...

vendredi 22 février 2008

Passe-partout pour passeport

Je reconnais qu’un long silence n’est pas d’une grande politesse pour mon lectorat, surtout lorsque je n’ai même plus la délicatesse de répondre à ses commentaires. Je suis par ailleurs gêné d’avouer que j’ai pris un retard certain dans la consultation des blogues de ma liste.

On pourrait croire que je manque de temps parce que je travaille trop, ce qui serait mal me connaître en plus de dénoter un manque d’attention flagrant pour ce que j’ai écrit sur ce blogue. Je vais vous dire une chose (lire la suite sur un ton vaguement pompeux et arrogant.) Je ne me suis pas embêté à obtenir cinq diplômes universitaires pour suer le reste de ma vie active au boulot. Pendant que certaines cigales chantaient leurs vingt ans, moi je m’humiliais lors d’interminables séances d’examens. Aujourd’hui j’occupe un emploi d’une déconcertante facilité où je fais croire à une bande de sous-éduqués (la haute direction) que mes compétences leur sont indispensables (ce qui est faux évidemment.)

Alors, comment expliquer mon silence ? C’est que je passe mes temps libres à m’entraîner. Je pédale toujours sans avancer d’un centimètre dans mon gymnase privé ce qui m’a fait perdre 10 livres en un mois, soit l’équivalent des six mois précédents passés en bombances effrénées. J’ai maintenant un index de masse corporelle (IMC) de 22,7 et je vise 21,7. Il me reste donc encore 7 livres à larguer (je compte en livres, je trouve cela plus encourageant). C’est dire que je n’ai plus beaucoup d’énergie pour vaquer à mes occupations courantes et que j’ai par conséquent délaissé momentanément les blogues.

Mais je n’en ai pas moins une grande affection pour vous et je vous livre un petit truc pour obtenir un passeport en deux jours. Pensez à ce mot de JFK et ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour votre pays. On vous donnera rapidement un passeport si votre visite à l’étranger est bénéfique pour votre pays. Ne vous présentez pas devant la machine bureaucratique en la suppliant de vous laisser quitter le pays, mais plutôt en montrant la nécessité qu’a votre pays de vous laisser partir.

Il existe deux piles de demandes de passeport. Celle des péquenots qui veulent partir en vacances, et celle des citoyens de valeur dont les fonctions sont requises à l’étranger. Inutile de dire que la seconde pile est traitée en priorité. C’est dans cette pile que votre demande doit se retrouver. Alors écrivez une lettre le plus formellement possible expliquant que votre présence est requise au plus tôt au colloque X organisé par l’organisation Y et faites signer cette lettre par votre beau-frère ou votre cousine. Ne croyez pas qu’un fonctionnaire ira vérifier la validité de la lettre, pourquoi le ferait-il ? Tout ce dont il a besoin c’est d'une pièce justificative pour mettre votre demande dans la bonne pile. C’est prévu comme cela dans le processus de demande de passeport, il n’y a rien d’anormal à cela. Néanmoins, pour donner un peu de crédibilité à votre demande, imprimez un des logos suivant dans l’en-tête de votre lettre. La sécurité nationale étant une question vitale de nos jours, votre demande s’en trouvera accélérée. C’est garanti.





Il y a quelques années, j’ai organisé un séminaire à l’étranger pour le compte d’un de ces organismes. C’était en réalité une colonie de vacances de deux semaines aux frais de l’organisme. J’ai signé une telle lettre pour l’obtention accélérée du passeport d’une amie (officiellement elle était assistante administrative). En deux jours elle avait son passeport en main et je n’ai jamais été contacté par la Fonction publique. CQFD !

mardi 29 janvier 2008

Comment trouver ses employés dans un Dollarama

Vous me pardonnerez de reporter à une prochaine fois les trucs et astuces pour obtenir un passeport en deux jours. C'est que je suis tout excité et je trépigne de fébrilité depuis que j'ai reçu la lettre du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) que voici.


Sachez qu'en tant que partenaire industriel d'une collaboration entre l'université et l'industrie, je suis éligible au prix Synergie pour l'innovation. Ce qui veut dire que dans le cas improbable où je soumettrais notre candidature et dans le cas encore plus improbable où nous gagnerions, mon partenaire universitaire recevrait «une subvention de recherche de 200 000$ du CRSNG.» Et moi, partenaire industriel, je me verrais «remettre la prestigieuse sculpture des prix Synergie». Vous comprenez donc mon excitation! Une sculpture, prestigieuse de surcroît! Voilà la grandeur et la gloire des sciences industrielles. Vous pouvez vous imaginer que mon sang n'a fait qu'un tour et que j'ai immédiatement contacté mon partenaire universitaire pour fouetter nos troupes; une sculpture, mon rêve.

Mais ce n'est pas tout! En prime je gagnerais «la possibilité d'embaucher un titulaire d'une bourse postdoctorale de R et D industrielle du CRSNG.» C’est quand même incroyable! Et qu'est-ce qu'un étudiant postdoctoral industriel vous demandez-vous ? C'est ce que l'on appelle vulgairement du cheap labor. Car un étudiant postdoctoral n'est pas un employé, il n'a pas de vacances payées, pas d'avantages sociaux, pas de cotisation au fond de pension, pas d'assurances payées, un contrat à terme sans renouvellement et environ la moitié du salaire (versé en bourse) d'un employé régulier effectuant le même travail. Par contre, l'étudiant postdoctoral paye des impôts et cotise à l'assurance-emploi même s'il n'y a pas droit lorsque son postdoc se termine. Car l'assurance-emploi c'est pour ceux qui ont un emploi et l'étudiant postdoctoral est, comme son nom l'indique, un étudiant.

Je vous devine cherchant la raison de l'existence des bourses postdoctorales. Et bien, les bourses postdoctorales constituent une voie d'attente pour l'obtention d'un poste universitaire (chercheur ou professeur). Les étudiants désireux de faire une carrière universitaire (ne riez pas, cela existe) doivent, selon les domaines de recherche et les époques, effectuer jusqu'à quatre stages postdoctoraux (environ deux ans par stage) avant d'obtenir un vrai poste universitaire. Et encore faut-il que les stages postdoctoraux leur permettent de publier assez d'articles pour atteindre une certaine notoriété (ce qui n'est généralement pas le cas en milieu industriel.)

Vous comprendrez qu'un jeune docteur en science n'a pas intérêt à faire un stage postdoctoral en milieu industriel s'il vise une carrière universitaire (l'industrie corrompt la pureté des esprits universitaires ne l'oublions pas.) Il vaut mieux qu'il se limite aux stages postdoctoraux en milieu universitaire.

Alors, pourquoi faire un stage postdoctoral en milieu industriel? Je l'ignore. Mais quand je vois arriver un jeune docteur en science qui après plus de vingt ans de scolarité est incapable de se trouver un vrai emploi dans l'industrie, je trouve cela louche et je préfère encore qu'il reste chez lui.